Étant sapeur-pompier professionnel, j’ai été agréablement surpris de voir apparaître des techniques respiratoires dans notre cursus de formation. Plus que jamais, l’intérêt pour la compréhension de notre corps, la physiologie, nos systèmes, la cognition et j’en passe se développe avec une application dans tous les domaines.

Le métier de Sapeur-pompier n’y échappe pas, je vais donc vous parler de l’approche respiratoire sur des opérations difficiles et souligner le fait que vous pouvez utiliser ces différentes techniques pour votre relation au monde, dans les bouchons, lors d’une crise avec vos enfants, au travail lors d’un épisode de stress etc…

Au niveau opérationnel, lors d’un engagement dans un milieu enfumé, la désorientation, la structure bâtimentaire complexe, les fumées, la détérioration du matériel, la défaillance humaine, la difficulté technique ou théorique (choix tactique) sont des exemples de défaillances environnementales ou humaines. Les agents doivent pour intégrer cette dimension à leurs missions, se préparer mentalement. La ressource abordée ici, « TASSS, techniques d’auto-sauvetage et sauvetage de sauveteur » en est l’exemple.

Je détaillerai la fonction de la respiration puis son application dans le domaine interventionnel des sapeur-pompiers, je terminerai sur le rapport et le débriefing de la mise en activité réalisée en centre de secours.

1.la fonction respiratoire

La respiration contribue à l’équilibre physiologique et psychologique, c’est la seule fonction qui soit à la fois volontaire et involontaire. Par son possible contrôle volontaire, elle permet de réguler nos états internes via son action sur le système nerveux autonome : branche orthosympathique (celui qui accélère) , branche parasympathique (celui qui freine). Elle fait partie de la branche périphérique du système nerveux (l’autre se nomme central).

La physiologie du système autonome (neurovégétatif) consiste à assurer de manière adaptée à l’environnement les fonctions vitales : respiration, pression artérielle, thermorégulation, digestion, excrétion et résistance au stress.

Qu’est-ce qu’il se passe concrètement lors de l’inspiration ?

Le diaphragme, muscle d’une importance capitale, se contracte et donc s’abaisse, les muscles intercostaux se contractent également et font soulever les côtes.

Les poumons gagnent du volume et de facto font diminuer la pression interne.

L’air se déplace de l’extérieur vers les poumons, soit du milieu où la pression est plus élevée vers le milieu où la pression est plus faible. Ce déplacement d’air permet d’équilibrer la pression : la pression à l’intérieur des poumons devient égale à la pression de l’air ambiant et c’est la fin de l’inspiration.

Et lors de l’expiration ? c’est simplement tout le contraire.

Il existe plusieurs façons de respirer, en voici 3 principales :

  • la respiration costale (thoracique)

La respiration thoracique se fait uniquement par le thorax. Lorsque vous inspirez, la poitrine se soulève et le ventre se rentre. A l’expir, le thorax se dégonfle et le ventre ressort.

Cette respiration aura pour conséquence de bloquer le diaphragme. En effet, lors de l’inspiration le diaphragme descend dans la cage thoracique et il remonte à l’expiration. L’action de rentrer le ventre lors de l’inspir limite la mobilité du diaphragme et l’empêche de bouger. Un diaphragme bloqué peut être source de tensions.

  • la manière diaphragmatique (par le ventre)

Cette respiration est l’une des deux meilleures. Quand nous respirons de manière abdominale : À l’inspir le diaphragme descend et appui sur le ventre, ce qui le fait gonfler. Lors de l’expir, le diaphragme remonte et le ventre rentre.

Le passage de la respiration thoracique à la respiration abdominale peut parfois provoquer des douleurs dans la région du diaphragme, celui-ci n’ayant plus l’habitude de bouger avec amplitude.

  • la complète, sollicite les 3 étages respiratoires : abdominal, thoracique, scapulaire

C’est idéalement la respiration à privilégier, et à terme celle qu’il est préférable de pratiquer, puisqu’elle permet de ralentir le rythme respiratoire qui lui-même permet de se détendre.
A l’inspir, le ventre se gonfle, la cage thoracique et les épaules se soulèvent et s’ouvrent légèrement, lors de l’expiration le ventre se rentre, la cage thoracique se resserre et les épaules descendent. Un volume maximal est alors inspiré, la totalité des poumons sont abreuvés en air frais, donc en oxygène.

Source naturofilia.com

Et cet oxygène en masse associé à une respiration complète va permettre d’activer notre fameux système parasympathique, il va se produire alors :

  • Un relâchement musculaire
  • Une baisse de la Tension
  • Une baisse du rythme cardiaque…

Et ainsi bloquer les effets anxiogènes du système sympathique :

  • Hausse de la tension musculaire
  • Augmentation de la TA
  • Accélération du rythme cardiaque
  • Décharge d’adrénaline

2.application opérationnelle

le GTO TASSS donne des solutions concernant une situation difficile, à potentiel anxiogène. Deux éléments en ressortent, soit le sauveteur en difficulté peut s’auto-sauver, évacuer en mode dégradé un volume soit le sauveteur ne peut s’extirper d’une situation et il doit alors entrer dans une phase que l’on peut qualifier de défensive, c’est à dire s’immobiliser et économiser son air.

La gestion de l’air sous appareil respiratoire est une technique qui nécessite de l’entrainement aussi bien physique que mental, en analysant le tableau ci-dessous, comprenez par exemple qu’une consommation d’air lors d’un effort intense correspond à 100l/min ou 3 minutes d’autonomie, il est indéniable qu’une habitude doit être maitrisée pour réduire le spectre ….

tableau gestion air, image « GTO Techniques d’Auto-Sauvetage et Sauvetage de Sauveteur »

Ce qui nous intéresse c’est cette phase défensive. Cette économie d’air va permettre au porteur de gagner suffisamment de temps en attente d’une équipe de secours. C’est une des solutions que possède un agent en difficulté sera son contrôle sur sa respiration en mode volontaire.

Les techniques décrites ci-dessous ne sont autres que des exercices respiratoires issues du « pranayama » en yoga, que l’on peut traduire par « contrôle de la respiration », le pranayama concerne bien plus qu’une simple respiration, je vous laisse alors le soin de vous documenter.

Au niveau de la doctrine sapeur-pompier, 4 techniques sont décrites :

1. Sauter une respiration

Inspirer profondément ;

Retenir sa respiration et atteindre son seuil limite de rétention, votre limite avant la reprise d’une inspiration ;

Expirer lentement ;

Recommencer le cycle.

Classique pour une économie, bloquer le plus longtemps sa respiration, entrer en apnée, permettra de conserver notre air et focalisera notre concentration. Cela s’apparente au khumbaka, la rétention respiratoire yogique.

Par suite de l’arrêt de la respiration, les cellules, ne reçoivent plus d’apport d’air nouveau et vont tenter d’extraire tout l’oxygène contenu dans l’air qui a été enfermé dans les alvéoles.

Le taux de CO2 va augmenter dans le sang, le corps va s’adapter à cette réaction, comment ? en poussant la rate à se contracter et chasser les globules rouges qui y sont accumulés. Le volume de globules rouges qui est compris entre 5 à 5.6 millions, s’élève d’un million voir plus. Les cellules sont alors vascularisées et peuvent absorber cet oxygène qui était en défaut.

image « GTO Techniques d’Auto-Sauvetage et Sauvetage de Sauveteur »

2. Intervalle respiratoire, que nous utilisons en yoga sous le nom de la respiration carrée :

Ces 4 phases vont durer 5 secondes, inspirer lentement sur une période de 5 secondes ;

Retenir son souffle, poumons pleins ;

Expirer lentement ;

Retenir son souffle, poumons vides et recommencer le cycle.

Cette respiration carrée sama vritti, permet de contrôler la respiration en régulant nos émotions en quelques secondes. La respiration carrée permet d’améliorer l’oxygénation sanguine ainsi que les réflexes du système nerveux végétatif.

Les bienfaits sont : réduction du stress, de l’angoisse, permet de mieux gérer ses émotions, améliore la concentration, détend l’ensemble des muscles…

image « GTO Techniques d’Auto-Sauvetage et Sauvetage de Sauveteur »

3. La méthode Reilly ;

Inspirer normalement ;

Expirer lentement en faisant un bourdonnement « Ommmmmmm » puis recommencer le cycle.

Cette phase se rapproche du fameux « Om » si connu du yoga sur le chapitre du Pranayama. Om (ou Aum pour les puristes) est le mantra le plus puissant décrit comme étant la syllabe sacrée des Védas et de la Bhagavad Gita, « le son essentiel de l’univers », « la voix de dieu ».

Passée cette phase spirituelle, le son guttural prononcé lors de l’expiration possède des vertus biologiques puissantes :

la vibration produit un effet immédiat sur le système nerveux parasympathique, responsable de la détente, du ralentissement des fonctions avec le but de conserver notre énergie. La réduction du rythme cardiaque va nous être utile ainsi que le nerf vague (régit notre capacité à passer d’un état de stress -le fameux fight, flight, freeze/combat, fuite, sidération- à un état de relaxation), stimulé qui va réduire l’état de stress.

image « GTO Techniques d’Auto-Sauvetage et Sauvetage de Sauveteur »

4. Le 2/4 :

Inspirer sur une période de 2 secondes ;

Expirer sur 4 secondes, recommencer le cycle.

Cette méthode permet de réduire le stress car plus vous allez expirer longtemps, plus vous allez inhiber les actions du sympathique. Cela permet donc de travailler sur les effets du système parasympathique et initier une profonde détente.

Faites le contraire si vous souhaitez booster votre énergie, 4 secondes d’inspiration/2 secondes d’expiration.

image « GTO Techniques d’Auto-Sauvetage et Sauvetage de Sauveteur »

3.Mise en activité

Lors de la manœuvre journalière, ce cours a été donné à l’équipe de garde et réparti en 2 volets, volet institutionnalisation des connaissances en salle puis volet pratique.

Le travail est simple, pendant 1m30, un binôme en tenue de feu complète et sous appareil respiratoire isolant va réaliser des allers/retours sur 10m avec un poids de 20kg porté sur les avant-bras.

Immédiatement en fin de travail, une prise de pouls est réalisée, ainsi qu’une prise de saturométrie (concentration d’oxygène dans le sang). Lorsque la FC (fréquence cardiaque) passe sous la barre des 100bpm, un chrono est stoppé.

Les binômes utilisent la technique qu’ils souhaitent (celles-ci sont écrites au tableau).

  • Résultats

Sur 24 personnels, la moyenne en fin de travail est de 160bpm et moins de 1min30 est nécessaire pour passer sous la barre des 100bpm.

  • Débriefing

Il en ressort plusieurs points :

Les techniques 1 et 3 (sauter une respiration, reilly) sont largement utilisée, la seconde (intervalle respiratoire) est compliquée à mettre en œuvre dû à la rétention poumon vide (sur la session suivante, cette technique fût utilisée mais en second temps, et il en ressort que son efficacité est décuplée, test à venir courant Juin 2023), la dernière n’est pas testée.

La notion d’espace mort (une partie du CO₂ expirée dans le masque est à nouveau inhalée lors de l’inspiration suivante) est clairement visible avec une saturométrie plus basse que d’habitude (en moyenne 96% sur nos sujets sportifs avec 99% au repos).

La position de récupération stipulée dans le GTO (si un sentiment de malaise survient) , allongé sur le flanc est d’une efficacité incroyable, en effet sur certains agents il est constaté en l’espace de 5 secondes une réduction de la FC de 10bpm ce qui est énorme.

Dès le démarrage des techniques respiratoires, un « gap » de 5 secondes est décrit. C’est-à-dire que le démarrage d’une technique respiratoire est difficile (passage d’effort intense à une volonté de repos) et met bien 5 secondes à se mettre en œuvre. Certains agents ont évoqué une démarche mentale (forte propension à utiliser une Visualisation de la Réussite (VR)) nécessitant une forte motivation pour passer au-dessus de cet obstacle.

Conclusion :

Nous respirons plus de 20.000 fois par jour mais ne maitrisons pas totalement cette fonction. La travailler régulièrement permettra de développer une aisance opérationnelle permettant ainsi de réduire le stress, la perte de lucidité, de réaliser les bon choix, d’augmenter ses capacités cognitives, sa concentration afin de mener à bien ces missions.

Sources :

  • GTO “Techniques d’Auto-Sauvetage et Sauvetage de Sauveteur”, DGSCGC
  • L’enseignement du Yoga”, Mark Stephens
  • J’apprends le yoga”, et “Pranayama” André Van Lysebeth

6 Responses

  1. C’est hyper intéressant mais très pointu, à quand l’article qui vulgarise les notions pour une application quotidienne ? 😊

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