Edit : Cette synthèse est consultable sur le Portail National des Ressources et du Savoir (PNRS) sous forme de mémoire détaillé.

Touché par la gestion du sommeil dans ma profession, j’ai souhaité collecter des données rapidement identifiables et concrètes afin de mettre en œuvre des actions « terrain » pour pouvoir étayer mon mémoire de Praticien en Techniques d’Optimisation du Potentiel et de proposer en ce sens des réponses opérationnelles pragmatiques et simples.

Dans cette optique, j’ai édité et diffusé un questionnaire concernant les habitudes de sommeil de mes collègues afin de cibler les problématiques, trouver des axes de travail mettant en œuvre des techniques TOP adaptées et proposer ces idées à la direction du SDIS 91.

Mon but principal dans le présent document est de restituer les réponses de l’enquête et d’émettre certaines propositions afin de réduire l’impact des interventions nocturnes. C’est un point que je souhaite développer accompagné par le SDIS 91.

LES RESULTATS

Le questionnaire fût distribué en toute autonomie et par le biais de mon réseau aux agents de plusieurs Services Départementaux d’Incendie et de Secours métropolitains (SDIS 91, 77, 17, 59) de juillet 2023 à Octobre 2023.

Il a pu toucher 560 personnes, avec un âge moyen de 41 ans et une moyenne de 21 ans de service (professionnel ou volontaire confondu).

Au vu des réponses récoltées, un vif intérêt est palpable sur le sujet.

Caporaux, sergents et adjudants obtiennent 28% chacun de répartition, 10% de sapeurs, 4,5% de lieutenant et 1% de capitaine, commandant ou lieutenant-colonel.

A la question “faites-vous la sieste“, 77% de réponses « oui » avec une moyenne de 58,9% d’agents dormant entre 20 et 40 minutes. On peut analyser cette pratique à la suite du repas de midi (sieste médiane, le repos se situant entre midi et 14h).

23,8% moins de 20 minutes, 17,3% plus de 40 minutes.

J’ai par la suite rédigé un article sur la partie blog de mon site internet « Yogalkemia », définissant la sieste, ses bienfaits et comment la réaliser correctement. Je me suis appuyé sur les ressources de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance et du site Somnologie.

Fait intéressant, 40,8% des sujets disent ne pas “récupérer correctement après la sieste“, la majorité oui à 59,2%.

D’un point de vue opérationnel maintenant, lors d’une nuit de garde, en moyenne 65,7% des agents dorment entre 3 et 5h, 20% plus de 5h. Sous cette barre, il est nécessaire de rappeler que cette habitude chronique selon l‘ANSES (Risques sanitaires liés aux expositions professionnelles des sapeurs-pompiers – Août 2019) est « source probable de cancers et effets possibles sur les dyslipidémies, l’hypertension artérielle et l’accident vasculaire cérébral ischémique ».

Un tableau en page 96 classe les effets sanitaires liés au travail de nuit (ANSES 2016) fort intéressant.

46,6% des sondés dorment entre 6 et 7h malgré tout, ce qui est raccord avec la moyenne nationale, mais ce sommeil est-il réparateur ?

Ayant la nécessité d’obtenir une base informative des nuits perturbées, la question 3 interroge sur la fréquence de réveil nocturne lors des interventions : 47% 2 fois, 14,3% 3 fois, 22,3% 1 fois.

Post-garde, la moyenne du temps de sommeil est correct, 46,6% des sondés dorment entre 6 et 7h, reste à savoir sa qualité (en plus du chrono-type etc…).

Point de vue de retour d’intervention et peu de surprise, 65,9% des agents ayant répondus éprouvent des difficultés à se rendormir après une intervention intense. Il est judicieux de proposer des outils sur ce point, à Savigny je propose aux agents des outils simples comme de la respiration relaxante associée à de l’imagerie mentale pour favoriser l’endormissement.

A 52,9% la qualité du sommeil est moyen, mauvais à 27,5%, bon à 19,6%.

28,6% ressentent le syndrome de jambes sans repos, les fameux SJSR dont une étude avait été rédigée auprès de la BSPP, ces gênes neurologiques survenant au coucher et perturbant l’endormissement sont encore peu détaillés en littérature scientifique et il est probable que nous réalisions une recherche interne associée avec la sous-direction santé du SDIS 91 sur cette problématique. J’en profite pour glisser ici une étude provenant du CHU Vaudois.

Autre fait important, 78,4% des agents se disent “fatigués à la garde”, ce chiffre peut être alarmant suivant le degré de fatigue, impliquant des problèmes de sécurité (conduite, progression sous appareil respiratoire isolant, Lot de Sauvetage, perte de lucidité…) avec un pic en milieu d’après-midi et en début de soirée (les réponses demandées étaient libres).

Malgré ces prises de conscience, 74% des agents n’ont pas de stratégie pour améliorer la qualité de leur sommeil et un des points noirs est l’utilisation du Smartphone dans le lit à 64%. 94% savent que cela est “délétère à l’endormissement” par l’exposition à la lumière bleue, une étude de l’INSERM détaille plus sur ce sujet. Notons que cette lumière bleue est présente à travers les écrans et également des LED, omniprésentes dans nos locaux. Certains agents ont une stratégie contre ces effets par l’installation d’une application rendant jaune/orangé leur écran, mais je n’ai pas trouvé d’études solides à ce sujet.

27% ont d’autres stratégies et pour cela, 3 points reviennent très souvent :

  • ils mettent en œuvre de la respiration (la cohérence cardiaque) ;
  • des méditations guidées (type « petit bambou ») ;
  • température fraîche dans la chambre (pas de notion de température précise).

Afin de se rendre compte de la gestion émotionnelle, une question ouverte est posée : “comment votre sommeil affecte t’il votre vie quotidienne en dehors du travail ?“, en majorité voici les réponses données par ordre décroissant :

  • irritabilité, tolérance réduite, (54%)
  • nervosité
  • perte de motivation
  • gestion émotionnelle non maitrisée avec la famille
  • céphalées
  • récupération plus longue nécessaire (+2 jours de repos)
  • fatigue continue dans la journée

Face à ces troubles, 91% des agents n’en parlent pas à leur médecin traitant. Ce chiffre est similaire au niveau professionnel car ceux-ci n’abordent pas le sujet avec le Service de Santé et de Secours Médical (SSSM).

Se pose alors la dernière question, “souhaitez-vous des outils pour améliorer la qualité de votre sommeil“, les sondés ont majoritairement mentionné (toujours par ordre décroissant) :

  • siestes adaptées les jours de garde et de repos
  • salles “hiboux” dédiées à la détente et à la déconnexion
  • amélioration du bipper (bruit, vibreur) et lumières moins agressives de nuit au stationnaire
  • outils de gestion du stress
  • récupération physique améliorée
  • techniques de détente
  • roulement des personnels lors des départs de nuit pour réduire l’éveil
  • recrutement de personnel

 

PROPOSITIONS EN CS

Face à ces résultats, j’ai proposé lors de mes gardes un apport de connaissance sur le sommeil ainsi que la réalisation de chrono-types pour que les agents comprennent quel type de dormeur ils sont afin d’adapter leur rythme de vie et de garde.

J’ai réalisé auprès des agents des relaxations après l’activité physique lors du « retour au calme » (des relaxations psycho-physiologiques ou R3P) en restant simple pour que les sujets puissent reproduire facilement la séquence en toute liberté dans leur lit juste au moment du coucher et ainsi gagner en autonomie.

Je note quelques freins concernant l’habileté à créer de l’imagerie mentale et je veille à travailler ce point par la pratique de Balades Sensorielles, BS.

En second temps, une démarche personnelle est demandée les jours de repos avec la mise en place d’une sieste au moment d’une porte du sommeil (celle située entre 14h et 16h), un respect de leur chrono type et la mise en place de routines.

Sensible au projet, je souhaite poursuivre mes recherches initiées depuis Janvier 2024 auprès de 10 de mes collègues du CS Savigny Sur Orge (ouverture à 3 CS supplémentaires courant de l’année).

Je leur ai proposé des techniques TOP (siestes adaptées, R3P, dynamisation physio-psychologiques DPP, préparation mentale de la réussite – journalière PMR-J…).

A cela je souhaite ajouter un premier retour positif, je note un endormissement plus efficace de certains agents avec une nuit de meilleure qualité et une amélioration de leur état émotionnel car les départs de nuit sont sujets à un taux de colère et d’irritabilité importants, ces ressentis sont réduits grâce à la technique de répétition mentale (RM, répétition d’une action, étapes par étapes en y ajoutant du VAKOG) sur la base du départ en intervention et de gestion des émotions.

CONCLUSION

Parmi les nombreux défis auxquels sont confrontés les SP, la gestion du sommeil revêt une importance cruciale. En effet, la nature imprévisible des interventions d’urgence et les horaires de travail irréguliers peuvent entraîner des perturbations importantes des cycles, mettant ainsi en péril leur santé, leur bien-être et leur capacité à répondre efficacement aux situations critiques.

Il est nécessaire de réaliser une sensibilisation poussée auprès de la population SP sur le thème du sommeil, véritable pilier de l’existence : comment le définir, comment le gérer, comment utiliser ses ressources au mieux pour la récupération et comment utiliser des techniques TOP en CS et lors des phases dégradées (en intervention…) afin de se réguler.

Je m’associe à d’autres SDIS qui y trouvent également un intérêt et entament cette démarche.

Merci de votre lecture et votre intérêt pour l’amélioration des conditions de travail de cette profession.

Sources

Sites en lien : “institut-sommeil-vigilance.org”, “somnologie.fr”, “anses.fr”, “inserm.fr”, “sante.gouv.fr”, “vakog.net”, “reseau-morphee.fr”, “chuv.ch”, “sciencedirect.com”.

8 Responses

  1. Merci pour cette étude, qui porte un vrai sujet comme vous avez pu le souligner.

    Je suis moi même Sapeurs-pompiers professionnel dans le 06.

    Ayant réalisé une formation en sophrologie et decouvert les techniques TOP, ce que vous portez m’interesse beaucoup et plus largement la gestion du stress operationnel qui peut etre une des resultantes du sommeil comme évoqué.

    J’espere donc que vous publierez la suite de votre etude en CSP.
    Encore bravo
    Bien cordialement.

    Adj-Chef
    Denis Hervier

    Sdis des Alpes Maritimes.
    Compagnie Cannes
    CSP Cannes Pastour

    • Merci beaucoup Denis pour votre commentaire qui me pousse à poursuivre la démarche qui reste autonome (et c’est bien comme ça), j’espère effectivement diffuser largement l’étude sur tout le territoire, que cela fasse sens pour le bien de tous.

  2. SPP depuis 23ans je me reconnais dans votre étude. Suite a une fatigue +++ mon médecin m a fait tester pour les apnée du sommeil et le résultat est sans appel. On peut donc se poser la question cause effet ??
    Merci a vous.

    • Bonjour Cyrille et merci de votre intérêt ! J’espère que les tests prochains vont être positifs et efficaces pour l’amélioration de la qualité du sommeil chez les SP.

  3. SP depuis 87, je n’ai jamais eu de bonne nuit et c’est seulement cette année à 56 ans que je me penche sur le problème et je viens d’en parler ouvertement au médecin qui me propose aussi de commencer par un bilan sur l’apnée du sommeil.
    Je vais donc prendre rdv comme beaucoup de collègues car aujourd’hui plusieurs problèmes et questions me viennent.
    Vôtre étude et un vrai sujet que je ne voulais pas regarder en face.
    Tous les postes que j’ai pu tenir, les nuits ont été perturbé pas seulement par les départs mais aussi les horaires du à des trajets des veillées ou de l’organisation pour des formations etc..
    Merci encore d’aborder ce problème et de le partager
    J Michel sdis 64

    • Merci Jean Michel pour votre commentaire, je me rends compte que le sujet malgré le fait qu’il soit bien connu nécessite un soutien sans faille de nos directions et de la DGSCGC.
      Encore merci, cela consolide ma motivation à développer le sujet pour le bien commun.
      Olivier BLASCHEK

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